Chantal Belfort
Psychanalyste - Ostéopathe

La démarche analytique

Lorsqu’une personne décide d’entreprendre une démarche analytique, elle le fait la plupart du temps parce qu’elle ne se sent pas bien et cherche des moyens pour aller mieux, plus rarement dans l’objectif de devenir analyste à son tour. Autrement dit, elle entreprend un chemin vers la rencontre avec son inconscient ou plus précisément vers la rencontre avec ses enjeux internes, ses conflits internes, conflits de refoulement, enfouis au plus profond de sa psyché, dans son inconscient. C’est un chemin de rencontre avec, à travers la vie émotionnelle du moment les mémoires émotionnelles codées sur le corps depuis la vie intra-utérine, voire dès la conception. Autrement dit, c’est, par la parole qui s’écoule de l’analysant l’accompagner à rencontrer son inconscient pour parvenir à une reconstruction, une restructuration, une remodélisation psychique. Cette reconstruction s’effectue par le renforcement du Moi, dans ses rapports existants avec le Double (monde pulsionnel) et l’Interdit (monde de la loi, de la limite, du repère), trois instances qui règnent au cœur de la psyché. La démarche analytique avec son cadre et son contrat (qui a sens de loi) est énoncé par l’analyste à un patient qui devient un analysant. Le face à face instauré et ces préambules signent déjà la relation inégalitaire des rapports dans cette relation. Il pose les premiers éléments à l’introduction du transfert qui est l’outil fondamental pour, au-delà des paroles de l’analysant, révéler à l’analyste en écoute flottante, les signifiants de l’inconscient sous forme de signatures de type lapsus, actes manqués, attitudes et comportements inopinés, incongrus. En effet, le transfert signe à la fois le début du travail analytique et la réactualisation par l’analysant sur l’analyste de réactions émotionnelles qui dans le passé étaient destinées aux parents.. Il va permettre à l’analyste d’identifier les conflits internes. Le positionnement de l’analyste, ayant lui-même vécu la démarche analytique, permet d’activer, de réactiver la névrose d’angoisse originelle. Elle est faite d’impuissance devant la dépossession du désir absolu primordial (la toute puissance de la première mise au sein non demandée, non attendue) refoulé dans l’inconscient de l’analysant et dont celui-ci, par conséquent, n’a pas conscience. Impuissance, frustration manque et désir du retour de la satisfaction, de la jouissance vont se réactualiser dans la chaîne temporelle de l’évolution de la psyché de l’enfant. C’est cette image mnésique d’impuissance qui va déterminer « inconsciemment » la vie de l’adulte et que l’analysant va être amené à identifier tout au long de la cure par les lectures faites de son inconscient par l’analyste. Le transfert fait percevoir l’analyste, tout comme ses parents autrefois, à la fois comme l’être aimé et l’être haï par l’analysant. En effet, l’analyste recherché pour aider, guérir est aussi celui qui signe les résistances qui empêchent à l’analysant l’accès à son inconscient mais signale à l’analyste la proximité du conflit interne inconscient. La position de face à face dans la démarche analytique fait vivre à l’analysant l’Autre idéal moïque à atteindre, résurgence de la quête d’une dimension phallique dont il se pense dépossédée, réactualisation des séquelles de la période oedipienne. La relation entre l’analyste et l’analysant peut être vécue pour l’analysant comme une relation de séduction, sous la forme d’une sexualité symbolique, fantasmée, non génitalisée. Cette séduction nous parle de l’inconscient de l’analysant. Elle ramène à la dimension du désir originel dont l’attente, et la frustration par le manque lors de la rupture, du non retour, va être réactualisée dans les castrations. C’est la quête d’une toute puissance dont l’inconscient est imprégné depuis le désir premier. C’est la lecture des signatures de l’inconscient par l’analyste et la mise en sens des signifiants qui s’extractent de l’inconscient lors de la parole de l’analysant qui va lui permettre de se réapproprier progressivement la reconnaissance de son monde intérieur que l’on peut lire comme un langage spécifique. L’inconscient prend corps et existence lorsque l’analysant a ainsi pris conscience de son existence lors du travail analytique.